Les Dreadnoks : LE gang le plus crasseux, culte et chaotique de G.I. Joe
Si vous aimez les motos, les donuts au chocolat arrosés de soda au raisin, et le doux son de la tôle qu’on déchire, alors vous êtes au bon endroit. Plongeons dans l’univers des Dreadnoks, l’une des factions les plus mythiques, répulsives et fascinantes de la pop culture des années 80.

Naissance d’un mythe : de Mad Max à Larry Hama
Créés par Ron Rudat pour la gamme G.I. Joe de 1985, les Dreadnoks n’étaient pourtant pas partis pour devenir les motards anarchistes que l’on connaît. À l’origine, Hasbro avait envisagé des créatures mignonnes et duveteuses à la solde de Cobra – une tentative évidente de surfer sur le succès des Ewoks de Star Wars (les fameux Fatal Fluffies qu’on a échappé de justesse). Heureusement, le scénariste Larry Hama a mis son véto, redirigeant le concept vers un gang de motards australiens directement inspiré de Mad Max : The Road Warrior.
Visuellement, les Dreadnoks lorgnent aussi largement du côté du hard rock et de l’iconographie des années 80 :
- Buzzer arbore le look de D. Schneider.
- Zartan emprunte le maquillage d’Alice Cooper.
- Torch est le portrait craché de Lemmy Kilmister de Motörhead.
Mais c’est la plume de Larry Hama qui leur insuffle cette personnalité unique : celle du gang le plus crasseux, malpoli et répugnant de la fiction moderne. Une caricature de débauche telle qu’elle a même attiré les foudres d’un véritable passionné de moto, Jay Leno, hilare dans son émission face à ces « poupées ennemies » aux biographies pour le moins gratinées.
Le trio fondateur et les piliers du chaos
Buzzer (Richard Blinken Smith)
Ancien universitaire de Cambridge parti étudier les gangs de motards australiens sans jamais en revenir, Buzzer est le cerveau du groupe (ce qui, entre nous, ne place pas la barre très haut). Des années de frustration intellectuelle ont nourri chez lui une colère psychotique intense et un désir viscéral de tronçonner la société technologique moderne.
- Armement et look : Il manie une tronçonneuse à disque de diamant capable de couper à travers le métal. Sa figurine originale arborait un bidon d’essence sur le dos pour alimenter sa machine ou brûler ses cibles, ainsi qu’un nunchaku en forme de lame (initialement surnommé Nunchuka). Le modèle Classified l’a doté d’une batte de baseball entourée de lames de scie, tandis que son gilet sans manches s’orne de médailles, de dog tags et d’un badge de shérif volé à ses victimes. Dans l’univers Energon, une rencontre malheureuse avec Nemesis Immortal lui coûte une main, qu’il remplace directement par sa tronçonneuse.
Ripper (Harry Nod)
Originaire de Tasmanie, Harry Nod a un passif chargé : exclu de l’école maternelle pour agression aggravée et trafic de bonbons, son passage en centre de détention juvénile n’a fait que le rendre plus teigneux et arrogant.
- Armement et look : Il manie les « mâchoires de vie » (cet outil de désincarcération hydraulique) et un fusil d’assaut doté d’une baïonnette en forme de hache et d’ouvre-boîte, parfaite pour fracturer des coffres ou ouvrir des portes. Sa version Classified arbore un tatouage de diable de Tasmanie, évacuant son demi-gilet d’origine pour un look un poil plus épuré mais tout aussi menaçant.
Torch (Tom Winkin)
Le plus stupide des Dreadnoks, ce qui fait de lui le champion incontesté de la catégorie. Natif de Botany Bay en Australie, il s’échappe d’un centre de redressement (Youth Borstal) à 14 ans avant de passer par la marine marchande et le gang des Melbourne Marauders.
- Armement et look : Larry Hama a résumé son dossier de manière magistrale : un voyou illettré dont le goût pour la violence soudaine n’a d’égal que la profondeur abyssale de sa bêtise. Son chalumeau oxyacétylénique d’origine a rapidement évolué vers un lance-flammes iconique (aux marquages « Knox rule » orthographiés avec une charmante faute d’orthographe sur sa version Classified).
L’anecdote littéraire : Les prénoms du trio (Buzzer, Ripper, Torch) reposent sur un jeu de mots avec le poème Wynken, Blynken, and Nod (1889) d’Eugene Field, tout en clin d’œil à l’expression populaire anglo-saxonne Tom, Dick and Harry (le tout-venant de la rue).
La famille et les sous-factions : portraits étoffés
Au-delà du trio originel, Zartan a étendu son emprise en transformant les Dreadnoks en véritable nébuleuse familiale et mercenaire.
Zarana
Sœur de Zartan et figure incontournable du gang, Zarana combine un sens aigu du déguisement et une cruauté sans fard. Brillante actrice manquée lorsqu’elle ne fait pas couler le sang, elle possède la même capacité caméléon que ses frères. Ses amours tumultueuses ont jalonné les comics : infiltrée chez les G.I. Joe, elle tombe amoureuse de Mainframe (les deux finissant par se couvrir mutuellement), avant de passer par les bras de Destro (qui la jette par une trappe sans ménagement sur ordre de la Baroness) ou de Road Pig. Dans la gamme Classified, elle troque son look rétro contre un redoutable couteau électrique et une lame circulaire.
Zandar
Le frère jumeau de Zarana et Zartan. Maître absolu de l’invisibilité sociale et de la discrétion, Zandar possède cette capacité étrange à se fondre dans le décor au point que personne ne se souvient de son visage, de sa présence, ou même de sa voix (doublée par le légendaire Peter Cullen dans le dessin animé). Il complète le trio des métamorphes de la famille.
Zanya
Introduite dans la continuité Devil’s Due, Zanya est la fille illégitime de Zartan. Son histoire est d’une noirceur absolue et taillée sur mesure pour les récits de la franchise : élevée par une mère sous l’emprise d’un beau-père violent, Zanya passait son temps à encaisser des coups dans des combats clandestins truqués par son petit ami de l’époque. Lorsqu’elle part à la recherche de son « père biologique », elle croise la route de Zartan : un combat brutal s’engage entre eux, mais la résistance acharnée de la jeune femme convainc Zartan de sa filiation. S’ensuit une catharsis sanglante où Zanya élimine définitivement son emprise toxique en incendiant sa maison natale. Devenue une pièce maîtresse des Dreadnoks, elle entretient des relations électriques avec sa tante Zarana.
Monkey Wrench (Bill Winkle)
Né un Guy Fox Day au Royaume-Uni (jour de commémoration de la fameuse conspiration des poudres), Bill Winkle voue une passion pure et destructrice aux explosions et au vacarme. Ses noms de code pressentis avant d’être validés incluaient Hangfire, Blaster, Boom Boom ou Fraghead. Sa discographie se résume à l’Ouverture 1812, l’Anvil Chorus et le morceau Wipeout. Il manie un fusil harpon tirant une lame en forme de fourche, complété par des haches de poignet dans sa version moderne.
Thrasher (Bruno Lacrosse)
Gosse de riche belge devenu un pur sociopathe par rejet de toute discipline parentale, Thrasher a fini par échouer dans les Everglades pour intégrer la famille. Son visage d’origine était directement modelé sur celui du designer de Hasbro, Dave Kunitz. Il est indissociable de la Thunder Machine, ce monstre mécanique rafistolé doté de mitrailleuses Gatling et d’un réacteur d’avion à l’arrière.
Zanzibar (Morgan Teach)
Le pirate autoproclamé des Dreadnoks. Issu d’une enfance passée sur une barge poubelle, il cumule les pires tares : voleur, pique-assiette, adepte du brossage de dents au soda au raisin et surtout, coupable du crime ultime consistant à croquer dans chaque donut d’une boîte avant de les y replacer. Il pilote un aéroglisseur (Air Skiff) armé de missiles et de mitrailleuses, armé d’un marteau et d’un mousquet de pirate.
Nangahide (Clyde Hyde)
Poacher et braconnier d’origine sud-africaine devenu si répugnant que ses propres pairs l’ont chassé. Sa stratégie consiste à ne jamais se laver ni consommer de produits transformés pour que les animaux sauvages le considèrent comme l’un des leurs. Recruté par les Dreadnoks dans une épicerie de nuit après un énième ravage, il déteste la faune (à l’exception notable de son phacochère de compagnie, Pork Belly, et de son singe borgne Yabo). Il est célèbre pour son passage dans le dessin animé DIC où il pousse le pauvre Serpentor à bout au point de suggérer de le « balancer sur le barbecue ».
Road Pig (Theophilus Calac)
Colosse absolu aux origines mystérieuses, affublé dès sa naissance d’un physique jugé si repoussant par le médecin qu’il marqua les esprits. Derrière cette montagne de muscles brandissant un parpaing fixé sur un bâton se cache un trouble dissociatif de l’identité : d’un côté, un érudit poli et bien coiffé ; de l’autre, un enfant craintif bégayant avec son doudou. Les deux personnalités partagent cependant le même amour absolu et protecteur envers Zarana.
Leur rôle : sabotage, chaos et missions “sales”
Dans les comics écrits par Larry Hama, les Dreadnoks occupent un rôle stratégique très particulier.
Ils interviennent lorsque Cobra veut :
- Semer la panique
- Déstabiliser une zone
- Détruire sans laisser d’empreinte officielle
- Externaliser les opérations trop risquées
Ce sont les exécutants du désordre.
Mais leur imprévisibilité est une arme à double tranchant. Ils peuvent réussir une mission spectaculaire… ou la transformer en catastrophe totale.
Des personnalités excessives (et souvent hilarantes)
Ce qui distingue vraiment les Dreadnoks, c’est leur tempérament.
Ils sont bruyants. Impulsifs. Parfois idiots. Souvent drôles.
Dans la série animée produite par Sunbow Productions, ils apportent une touche quasi comique, devenant parfois plus chaotiques que réellement menaçants.

Un running gag célèbre ? Leur alimentation improbable composée de chocolat, raisins secs et mélanges douteux. Une absurdité typique du ton décomplexé des années 80.
Cold Slither : quand le chaos devient rock
Impossible de parler des Dreadnoks sans évoquer leur transformation en groupe de heavy metal dans l’épisode culte “Cold Slither”.
Sous l’impulsion de Cobra Commander, ils deviennent un outil de propagande musicale destiné à hypnotiser les foules.
Résultat : l’un des épisodes les plus iconiques de la série, devenu un mème avant l’heure.
Des décennies plus tard, Hasbro a même sorti un coffret Classified dédié à cette version rock. Preuve que le concept est entré dans la légende.
Pourquoi les Dreadnoks sont devenus cultes
Les Dreadnoks représentent quelque chose de rare dans l’univers GI Joe : une rupture totale avec la logique militaire.
Ils sont sales, désorganisés, excessifs.
Ils ont une identité visuelle unique.
Ils apportent de l’humour sans enlever le danger.
Ils incarnent l’esprit anarchique 80’s dans toute sa splendeur.
Dans une collection, ils créent immédiatement une scène vivante. Ils racontent une histoire.

Les Dreadnoks aujourd’hui : renaissance en version premium
Avec la gamme Classified Series, Hasbro a sublimé les Dreadnoks.
Les nouvelles versions accentuent :
- Les textures (cuir, métal, chaînes)
- Les expressions faciales
- Les détails d’armes
- La présence physique
Ils passent du statut de figurines fun des années 80 à véritables pièces de collection modernes.
Conclusion
Les Dreadnoks ne sont pas simplement une faction secondaire.
Ils sont l’âme anarchique de l’univers GI Joe.
Ils incarnent le chaos, l’excès, la démesure des années 80.
Ils apportent une respiration punk dans un monde militarisé.
Et dans une vitrine… ils attirent toujours le regard.






